Souvent obtenues grâce à des rachats, les avancées des outils d'inventaire de parc informatique rendent possible la mise en place d'une base centrale de gestion des configurations (CMDB).
Un incident survient parmi l'un des 1 000 serveurs de l'informatique d'une enseigne de grande distribution. Immédiatement, l'administrateur voit s'illuminer un voyant rouge sur sa console, signalant que le processus de consolidation du chiffre d'affaires - information essentielle pour le directeur du magasin - va être affecté. L'opérateur localise le serveur concerné et lance la procédure de changement. La mesure de l'impact d'un changement ou d'un incident sur le service rendu aux utilisateurs est devenue le Saint-Graal pour de nombreuses entreprises.
Une vue unifiée et actualisée du SI
Ce simple scénario reste compliqué à mettre en oeuvre à l'échelle d'un service informatique de grande envergure, dont les organes sont cloisonnés. Car, souvent, il lui manque la brique essentielle : un référentiel commun, apte à fédérer l'ensemble des informations nécessaires à la compréhension du fonctionnement du système d'information (SI). Telle est l'ambition de la CMDB, ou base de données logique de gestion des configurations, décrite dans le fameux cadre des meilleures pratiques Itil. Un référentiel qui apporte une vue unifiée et avant tout actualisée des ressources informatiques (équipements, logiciels et utilisateurs des applications), et qui modélise les relations logiques entre elles.
Forts de l'engouement suscité par ce modèle, les éditeurs majeurs d'outils d'administration se sont engouffrés dans la brèche. BMC, CA, HP Openview ou IBM Tivoli... Chacun à son rythme s'évertue désormais à répondre à cette attente en regroupant une offre technologique généralement éparse. Bien plus qu'une simple base de données, une CMDB peut s'envisager sous la forme d'une architecture distribuée, avec une base centrale entourée de logiciels - console de supervision, service desk, inventaire, etc. - disposant de leur propre référentiel. « Les grands éditeurs cherchent à constituer un seul référentiel collaboratif, totalement partagé par l'ensemble des modules de leurs suites. Cela suppose de réformer le modèle de données de l'ensemble des produits. Et notamment celui des consoles de supervision, qui possèdent leurs propres modèles et référentiels » , explique Philippe Bonnet, directeur technique de la SSII Synopse.
Dans l'idéal, chaque outil inscrit directement dans la CMDB les informations qu'il lui faut partager, les données strictement liées à l'activité de l'outil (supervision, gestion des biens, etc. ) demeurant dans le référentiel local. « D'ici à la fin 2006, les outils de supervision et d'autodécouverte des équipements de HP écriront dans la CMDB, plutôt que dans leurs référentiels propres » , indique Philippe Bonnet. Chez BMC, l'intégration native serait déjà effective entre Remedy (service desk), la CMDB et les outils de découverte automatique. Le référentiel de CA, inclus dans la nouvelle plate-forme d'intégration de l'éditeur, suit le même principe. « Notre référentiel central MDB est alimenté directement, sans conversion de données. En retour, ces données deviennent accessibles par tous les modules de la gamme Unicenter version R11 », précise Patrick Debus-Pesquet, directeur du conseil chez CA France.
Tout irait pour le mieux si les départements informatiques s'équipaient toujours chez le même éditeur. Or, c'est rarement le cas. Au sein de grandes organisations, la difficulté réside dans la réunion de bases d'inventaire existantes propriétaires dans un modèle unique des données de configuration. D'ailleurs, les éditeurs clament tous leur volonté de s'adapter à l'existant, à l'image de Serge Bonnaud, directeur de marché chez IBM Tivoli France : « Nous ne prônons pas d'approche monolithique. »
Réconcilier les données issues de bases diverses
Mais la multitude de sources d'information tierces à interroger pose le problème de la cohérence des données. C'est pourquoi, depuis un an, les éditeurs ont incorporé à leur offre de CMDB des moteurs de réconciliation avancés, qui vérifient la pertinence des données en fonction de règles et garantissent ainsi un point d'indexation unique. De même, des interfaces d'échange et de synchronisation des données ont fait leur apparition. Ainsi, HP Openview s'appuie sur Connect-It, hérité du rachat de Peregrine l'an dernier. « Connect-It fait abstraction des modèles de données des référentiels tiers en appliquant un prétraitement des données avec transformation et règles de réconciliation » , indique Marc Bernis, directeur technique chez HP Openview France. CA se repose quant à lui sur son outil d'extraction de données (ETL) Advantage Data Transformer pour extraire et réconcilier les données de diverses sources. BMC utilise le moteur de réconciliation ARS (Action Request System) de sa gamme Remedy et le middleware Enterprise Integration Engine. « Il autorise un échange des données de façon bidirectionnelle avec n'importe quelle application » , signale Christophe Gagin, consultant métier chez BMC. L'éditeur prévoit en outre de développer une quarantaine d'interfaces natives entre sa CMDB de deuxième génération et des logiciels courants du marché : serveurs d'applications J2EE, progiciels de SAP, etc.
L'interopérabilité reste un défi
« Aujourd'hui, il n'existe pas de synchronisation directe entre les référentiels des différents éditeurs. L'intégration s'opère grâce à ces outils d'EAI ou d'ETL. Ce qui nuit à la fluidité de l'information » , analyse Marc Bernis. Les interfaces sont toutes propriétaires. Un travers que les éditeurs envisagent de gommer en les normalisant. C'est le sens de l'initiative annoncée à la mi-avril dernier par BMC, Fujitsu, HP et IBM, rejoints ensuite par CA, qui cherchent à créer un langage formel pour échanger les métadonnées. Cette initiative laisse toutefois les observateurs sceptiques. « C'est un serpent de mer. Le modèle CIM défini par le DMTP représente déjà une tentative de faciliter la communication au travers de métadonnées. Mais les industriels se heurtent souvent à des problèmes techniques et propriétaires insolubles » , juge Philippe Bonnet, chez Synopse. Signalons au passage que BMC s'est inspiré de ce modèle CIM, peu adopté pour l'instant, dans l'intention de structurer la deuxième version de sa CMDB. Et que celle de Tivoli, qui sortira dans le courant de l'année, devrait aussi en tirer parti.
Au-delà de la fédération des référentiels, le maintien et la réactualisation du référentiel central constituent une autre pierre d'achoppement. Il se produit tant de changements à l'échelle de l'informatique d'une grande entreprise que la mise à jour manuelle d'un tel système mobilise trop d'énergie. L'apparition d'outils de cartographie automatique du SI crédibilise les approches des éditeurs d'administration. « Si l'on veut se rapprocher du concept de CMDB, il faut non seulement disposer d'informations sur les composants de l'infrastructure, mais aussi et surtout automatiser un tant soit peu l'établissement de liens entre les éléments de configuration » , estime Jean-Pierre Garbani, vice-président de Forrester Research. Ces logiciels créent automatiquement les interdépendances entre infrastructure et applications. Ils favorisent aussi une simulation de l'impact d'un changement sur l'infrastructure. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'un géant comme IBM ait acquis en novembre dernier le petit éditeur Collation, une référence dans la découverte topographique. De même, Mercury a bâti son produit Application Mapping à partir de la technologie d'Appilog, société rachetée en 2004.
Un workflow pour gérer les changements
Autre apport de ces derniers mois, le développement de workflows de gestion des changements dignes de ce nom, aidant à gérer les droits et le rôle de tous les intervenants autour des CMDB. « Il s'avère difficile d'établir une cartographie du SI sans gérer les changements , souligne Yann Buisson-Bergeret, consultant pour la société de services Devoteam. La photographie que l'on aura un jour ne sera plus valable le lendemain. ».
Partant de ce principe, Tivoli livrera, d'ici à la fin de l'année, un workflow de ce type avec sa CMDB. D'où son appellation Change and Configuration Management Database (CCMDB). L'éditeur en publiera ensuite d'autres, alignés sur les processus décrits dans Itil. L'ensemble - CMDB et processus connexes - se fondera sur une architecture orientée services. Une approche également annoncée en février dernier par HP ainsi que par CA.
Pour l'instant, toutefois, il semble difficile d'envisager une CMDB fournie comme un produit sur une étagère. Sa construction prend de six mois à un ou deux ans, selon les objectifs que l'entreprise s'est fixés. « Il s'agit de déterminer au départ les processus qui s'appuieront sur la CMDB » , juge Khuon Khou, responsable du service outils de production chez Euler Hermes, société d'assurance crédit. Servira-t-elle à gérer les incidents, les changements ou davantage de processus ? En outre, « tous les éditeurs proposent désormais des moteurs de réconciliation de données puissants. Mais face au volume important de données à remonter, il faut opérer des choix » , relève Gaëtan Mauguin, responsable chez Bearing Point. Sachant que plus complexe sera la CMDB, plus difficile sera sa maintenance.
Source :Olivier Discazeaux, 01 informatique, le 23/06/2006
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