L'an dernier, un référentiel des meilleures pratiques en matière d'externalisation, baptisé e-SCM, a fait son apparition. Nul doute que son utilisation se diffusera et qu'il deviendra un cadre de référence pour gérer les contrats d'infogérance.
L'an dernier, un référentiel des meilleures pratiques en matière d'externalisation a fait son apparition. Baptisé e-SCM (e-Sourcing Capability Model), ce cadre de référence a été mis au point par le centre de recherche américain Carnegie Mellon, déjà impliqué dans la construction du modèle de maturité en matière de développement informatique (CMM). Un premier volet destiné aux prestataires était déjà disponible depuis le début de l'année dernière. Puis, en février dernier, un aperçu de la version client a été publié. Nul doute que son utilisation se diffusera et qu'il deviendra un cadre de référence pour gérer les contrats d'infogérance.
Quelle est la philisophie du référentiel e-SCM?
Catherine Le Louam : A l'instar d'Itil ou de Cobit, il s'agit d'un référentiel de bonnes pratiques. Tout comme le CMM, il a été confectionné par le centre de recherche américain Carnegie Mellon, avec l'apport initial de prestataires tels qu'IBM, Accenture et Satyam pour la version fournisseurs. A l'occasion de la création de la version client, des sociétés utilisatrices comme Boeing ou L'Oréal ont rejoint le consortium. Sa création s'inscrit dans un mouvement d'ensemble de constitution de référentiels. Alors que Cobit ou Itil ne préjugent en rien que des prestations sont externalisées, il se singularise par la prise en compte de la recherche de prestataires, de la contractualisation avec ces derniers, du début et de la fin de contrat. Il note donc qu'une relation a un début, une fin, et aussi une phase potentielle de transfert, apportant ainsi une considération temporelle. C'est un référentiel qui aide à gérer la stratégie de recherche de fournisseurs et l'achat de prestations informatiques en général.
Comment ce référentiel améliore-t-il les relations entre prestataire et client ?
CLL : Comme les autres modèles, il contient un certain nombre de démarches méthodologiques et de points de contrôle à ne pas oublier. Mais il est le seul à évoquer la contractualisation et les activités liées à la phase de mise en place d'un contrat d'infogérance ou à sa clôture. Pour le client, c'est aussi un guide pour le suivi et la gouvernance du contrat. Le modèle de certification se voit, lui, structuré en phases (initialisation, livraison, etc.) et domaines d'activité (gestion du personnel, du savoir, des changements, des relations, etc.) comportant des pratiques. Chacune d'elles est associée à un niveau de maturité, comme pour le référentiel CMM. La version client, par exemple, compte 95 pratiques, dont 57 à mettre en oeuvre pour accéder au niveau 2 de maturité.
Quels bénéfices immédiats cet outil apporte-t-il à l'entreprise ?
CLL : Il fournit aux entreprises un langage commun, un cadre pour la négociation, une répartition des rôles tout au long de la vie du contrat, et permet de spécifier la démarche : établir un cahier des charges, chercher un prestataire, gérer la contractualisation. Cela dit, il décrit ce qu'il faut faire, mais pas la façon de le faire. Néanmoins, le bénéfice le plus important se situe au niveau de la réversibilité et de la phase de transfert de contrat. Une fois rodée, l'entreprise peut, en appliquant une stratégie de recherche de fournisseurs aux diverses activités (TMA, exploitation, gestion du poste de travail, etc.), renouveler ou transférer plus facilement les contrats. Si elle parvient à industrialiser cette phase, elle obtient alors un bon retour sur investissement, car les transferts s'avèrent coûteux.
Pensez-vous que ce modèle se diffusera plus rapidement que le CMM ?
CLL : Certaines SSII françaises s'intéressent déjà à l'e-SCM-SP (la version prestataire - NDLR). Le fait que quelques-unes l'adoptent devrait provoquer un effet boule de neige, comme cela s'est produit dans le cas du modèle CMM, popularisé par les sociétés de services indiennes. Les SSII déjà certifiées CMM ne devraient pas rencontrer de difficultés pour s'approprier ce modèle. Autre intérêt : au moment où les prestations offshore se développent, ce modèle facilite la sécurisation de la prestation. Pour l'instant, les démarches de certification restent cantonnées à quelques entités d'IBM ou d'Accenture en Asie du Sud-Est, à la recherche d'une crédibilité sur ces nouveaux marchés. A ma connaissance, aucune n'est encore certifiée en Europe. Côté client, on peut se demander quel sera l'intérêt, pour une société, d'entamer une démarche de certification. Les entreprises l'utiliseront plutôt comme support d'une recherche de prestataire.
Source : Xavier Biseul, Clarisse Burger et Olivier Discazeaux , 01 Informatique, le 19/05/2006
